August 2, 2016

RCF1 / TSUGI (fr)

RCF1 / Jean Moderne Tsugi Juillet 2016























Interview Tsugi Magazine Juillet 2016

"Les premiers graffitis de RCF1 apparaissent dans les années 80, le long des voies ferrées de sa banlieue. Né dans les années soixante, il appartient à cette génération qui s'empare de la bombe de peinture pour écrire son nom sur tous les murs de la ville, de la façon la plus stylisée possible. Aujourd'hui sa peinture est exposée en galerie et on le mandate pour de grandes fresques où la musique est très présente. Dee-jay de Soul à ses heures, il revient sur ses liens à la musique dans son parcours.
Je suis né trop tard pour avoir vécu le Punk mais son influence a été très forte. J'ai découvert le graffiti-art
par le biais d'un article sur Futura 2000, lequel peignait sur scène pour une tournée de Clash. J'étudiais la peinture mais je ne voyais pas de mouvement qui corresponde alors à ma génération comme le faisait la BD. Peter Blake avait crée la couverture de Sergent Pepper pour les Beatles, Jamie Reid avait dessiné l'esthétique Punk... La bombe m'est apparue comme l'outil qui allait nous distinguer, son esthétique allait marquer notre génération. Et bien sur peindre la nuit, anonymement, comme un mouvement underground, faisait partie de l'excitation.
Mon nom d'artiste fait référence à cette période : RCF1 sont les initiales de Rudie Can't Fail, une expression que le Clash reprenait et qui évoque aussi les rude boys. J'étais d'ailleurs plus porté sur les Specials, le Trojan et la Soul que sur le rock, je suis devenu Mod. J'avais aussi fait des scooters mods au pochoir mais je trouvais l'outil limité pour recouvrir de grands murs.
Frustré de ne pas être musicien moi-même, le graffiti me permettait de me sentir actif et de faire partie de cette énergie. Dans les années 90 je peignais en live pour des festivals. L'été '92 je suis en train de peindre pour un festival en Suisse et c'est Mick Jones du Clash, fan de peinture, qui vient à ma rencontre. J'avais aussi fait des trucs pour la Mano Negra. Le graffiti m'avait permis de trouver ma place dans la scène du moment.

RCF1 Cartier Foundation Paris 2009



Bien qu'on associe souvent le graffiti au Hip Hop j'en restais en périphérie. Je préférais les soirées Northern Soul et Rhythm'n'Blues pour leur côté exclusif, les 45 tours très rares que les djs amenaient d'Angleterre et leurs playlists secrètes. Je dessinais aussi pour certains sound-systems, notamment celui de Puppa Leslie mais je quittais cette scène avec l'arrivée du raggamuffin, violent et sexiste. Alors que la plupart de mes potes s'orientaient vers la techno et les free parties, je me réfugiais dans le rock indé et la britpop, pour leur influence sixties. Plus tard j'appellerai mes soirées ADORED en référence aux Stone Roses.
Mon crew, P2B, est connu pour avoir peut-être été le crew le moins hip hop de paris. Avec P2B on voulait s'approprier le graffiti de New York mais en le mettant à notre sauce, avec nos propres références. Aucun de nous ne voulait peindre des Bboys, du bling, des guns ou encore des pitbulls. SHUN recouvrait des wagons de Oi! Oi! Oi!, HONET commençait à peindre des skinheads dans paris et POCH le portrait de groupes punks qu'il admire. A une époque où un polo Fred Perry te faisait passer pour un nazi, peu de gens nous comprenaient. En 2000 nous avons participé à la première exposition de Street-art, avec Space Invader ou encore ZEVS. Le terme était encore nouveau et à regarder en arrière c'est drôle de voir ce que c'est devenu : un courant mainstream et commercial.


Ma peinture aujourd'hui est différente de ce que j'ai peint dans la rue, même si elle en est forcément influencée. Le graffiti reste pour moi une pratique, parfois nihiliste, je ne veux pas la transposer sur toile. Ma dernière exposition marquait l'influence du mouvement Mod par exemple. J'y présentais des photos que j'ai retouchées à la peinture, des toiles jouant sur les icônes de cette subculture (Lambrettas, targets, parkas...) et une sélection de mes 45 tours les plus emblématiques à mes yeux, transposés sur toile. Adam Gibbons de Lack Of Afro nous a offert un Dj set ainsi que Dean Chalkley, un ami photographe avec lequel je partage souvent les platines pour le collectif Black Cat Club London. Pour de prochaines expositions je travaille sur le thème des clubs, des danseurs et de la fête, en réponse aux attentats du 13 novembre qui m'ont personnellement affecté."


(BONUS) En 10 morceaux :
 
Dexy's Midnight Runner : Dance Stance
La parfaite BO d'un jeune de banlieue sur sa Vespa 50 qui se cherche .
Bo Diddley : Tell it to Jerome
J'ai eu tenté de me mettre aux marracas.
Milton Wright : Keep it up
Toute la contradiction du du bon et du mauvais goût funky.
The Kinks : See my friends
Le jour où le rock est sorti de l'enfance.
The Beatles : Helter Skelter
Jamais entendu ce niveau de tension chez personne depuis.
The Intrigues : Girl, let's stay together
Si tu ne piges pas sa magie tu ne pigeras jamais la soul music.
The Iketts : The Camel walk
Simplement une danse du moment... Et finalement mon préféré de la production Ike Turner.
Robert Parker : Tip Toe
Il a aussi écrit Happy Feet et surtout Barefootin'. Sublime ton foot fetish en musique.
Curtis Knight : How would you feel
Les débuts d'Hendrix sur des paroles conscientes. Wow
Betty Everett : You're no good
Mes parents tenaient une boite de nuit et ma mère l'écoutait enceinte de moi. Ça doit laisser des marques.
RCF1 / Jean Moderne Mod show Superette Gallery Paris 2015

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